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Des jeux de rôles pour apprendre à mieux soigner

Un centre d’enseignement et de recherche utilise la simulation et les jeux de rôles pour apprendre aux professionnels de santé à mieux travailler ensemble

« La tension est palpable sous la tente. Médecins et infirmiers militaires s’attèlent à prendre en charge les blessés : stopper les saignements, intuber les victimes, stabiliser les signes vitaux. Les casques et les gilets pare-balles entravent leurs mouvements. Soudain, des flashs et des vibrations indiquent qu’une nouvelle pluie d’obus a touché le sol à quelques centaines de mètres. Une nouvelle décharge d’adrénaline parcourt l’équipe médicale. L’air saturé par une intense odeur de chair brûlée est irrespirable mais chacun reste concentré sur les victimes. »

La scène se déroule à Brest et n’est heureusement pas réelle. Il s’agit de l’un des scénarios développés pour les soignants de l’armée par le CESIM, un centre de simulation en santé qui forme les professionnels de santé. « Gérer des situations de soins complexes ne s’apprend pas uniquement dans les livres » explique le Pr. Erwan L’Her, Directeur du CESIM.

« Nous accueillons des étudiants dès la 2e année de fac de médecine pour de la simulation procédurale tel que suturer une plaie ou poser un plâtre » précise le Pr. L’Her. « A partir de la 6e année, on se concentre sur la formation relationnelle, c’est-à-dire de la simulation de consultation et l’apprentissage de la relation soignant-soigné ».

Le centre emploie des acteurs professionnels pour recréer des situations de soins. L’étudiant accueille un « patient-acteur » et doit mener la consultation comme il le ferait dans la vraie vie : l’écouter, l’interroger de façon adéquate, l’examiner… C’est également une opportunité pour se confronter aux situations difficiles. « Dans l’un de nos scénarios, l’étudiant va devoir informer le patient que ses symptômes sont liés à un cancer. » raconte le Pr. L’Her. « Il s’agit d’apprendre à gérer l’annonce de mauvaises nouvelles, qui fait partie intégrante de la vie des professionnels de santé. »

Le centre forme également des professionnels plus expérimentés. « Nous avons récemment formé l’équipe d’anesthésie d’un CHU sur la gestion de crise en réalisant une intervention dans un environnement opératoire sur un mannequin. Nous ne nous intéressons pas tellement à la procédure mais au travail d’équipe à la gestion des différents incidents qui peuvent survenir au bloc. »

Le Pr. L’Her et l’équipe du CESIM créent des environnements immersifs aussi réalistes que possible en utilisant les sons, lumières, vibrations et même les odeurs.

« Pour une séquence très immersive en bloc opératoire ou en réanimation on met en œuvre de nombreuses techniques : de vrais respirateurs artificiels et leurs bips si stressants, des procédures complexes, » explique Pr. L’Her. « Une fois le décor planté, nous allons alors travailler sur la gestion d’équipe au sens relationnel pur, la dynamique d’équipe, la communication d’équipe ».


Un groupe d’une vingtaine de personnes va généralement passer deux jours au centre et participer à 6 ou 8 scénarios. Durant la simulation, une partie du groupe est plongée dans un scénario avec des intervenants, des mannequins ou des patients-acteurs. La scène est retransmise en direct au reste du groupe dans une autre salle. « A la fin de la séquence, nous réunissons tous les participants pour un debriefing d’environ 45 minutes pendant lequel nous décortiquons la session en confrontant les impressions. » explique le Pr. L’Her. « La richesse de la simulation est de mélanger les points de vue car on n’a pas du tout le même ressenti quand on est dans l’action ou quand on est tranquillement installé à observer sur un écran ce qui se passe dans la pièce adjacente. »

« Ces simulations ont un vrai impact sur la courbe d’apprentissage » précise le Pr. L’Her. Une étude récente a en effet montré que l’apprentissage de l’échographie cardiaque peut être deux fois plus rapide en introduisant des simulateurs 3D dans la formation des étudiants. « Quelques pays ont introduit la simulation dans la formation des étudiants pour les procédures médicales, mais la simulation relationnelle et la formation continue ne sont pas assez largement utilisées alors qu’elles représentent une vraie opportunité pour les professionnels d’améliorer leurs pratiques » conclut-il.

 

1 “The use of computerized echocardiographic simulation improves the learning curve for transesophageal hemodynamic assessment in critically ill patients”. Gwénaël Prat, Cyril Charron, Xavier Repesse, Pierre Coriat, Pierre Bailly, Erwan L’Her, Antoine Vieillard-Baron. Ann Intensive Care. 2016; 6: 27. Published online 2016 Apr 7. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4824699/