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Parce que chaque souffle compte: améliorer l’assistance respiratoire en soins intensifs grâce aux données

Le Pr Jean-Daniel Chiche explique comment l’analyse des données permet d’améliorer les protocoles et les soins aux patients en soins intensifs

Dans un hôpital, les patients placés en unité de soins intensifs comptent parmi les plus gravement atteints. Beaucoup d’entre eux ne peuvent plus respirer seuls et ont besoin d’une ventilation mécanique pour rester en vie. Plus de la moitié de ces patients sont ainsi placés sous assistance respiratoire dans les 24 premières heures suivant leur admission.

Bien qu’elle sauve des vies, la ventilation mécanique entraîne parfois des complications potentiellement mortelles, notamment des fuites d’air et des pneumonies. Des études montrent qu’en moyenne un patient sur cinq admis en soins intensifs y décède.

Pour le Jean-Daniel Chiche, professeur en médecine intensive-réanimation à l’Université Paris Descartes, et médecin à l’unité de soins intensifs de l’hôpital universitaire Cochin à Paris, une meilleure utilisation des données fournies par les systèmes biomédicaux permettrait de réduire le taux de mortalité en soins intensifs Le professeur Chiche a présenté ses conclusions lors de la HIMSS and Health 2.0 European Conference, qui s’est tenue du 11 au 13 juin en Finlande.

« Le croisement des paramètres cliniques et physiologiques avec les informations de laboratoire permet de réaliser des découvertes et nous aide à mettre en œuvre une médecine de précision pour proposer à chaque patient des traitements très spécifiques », explique-t-il.

Chaque année, son service traite 1 800 patients et collecte quotidiennement 7 000 à 8 000 données pour la totalité des patients. Huit infirmières travaillent par services de douze heures, et prennent en charge jusqu’à 24 patients en même temps. La connexion de l’intégralité des dispositifs biomédicaux du service a permis aux médecins d’exploiter ces milliers (voire ces millions) de données afin d’améliorer les protocoles à toutes les étapes du traitement, de la ventilation mécanique jusqu’à la mise en place ou à l’arrêt de la sédation chez les patients.

L’analyse des données a ainsi permis une réduction significative des effets secondaires, comme l’auto-extubation, qui survient lorsqu’un patient dont la sédation n’est pas efficace retire accidentellement son respirateur, ou encore la thrombose intestinale, une pathologie susceptible d’engager le pronostic vital survenant lorsqu’un caillot sanguin se forme dans les intestins. « Nous sommes parvenus à documenter des variations du taux de mortalité anticipé, et à modifier la politique d’admission de ces patients », ajoute-t-il.

Son unité tente également de comprendre comment les données peuvent aider à identifier les cas d’insuffisance rénale aiguë, souvent fatals. « Nous examinons les données recueillies en continu pour essayer de prédire les risques d’insuffisance rénale aiguë de 24 à 48 heures à l’avance. Cette technique a modifié notre processus décisionnel lorsque nous envisageons une procédure ou un examen potentiellement associé à une augmentation du risque des lésions rénales aiguës ».

Les données jouent un rôle clé pour mieux prendre en charge les patients en soins intensifs, car elles permettent au personnel soignant d’obtenir des retours immédiats sur la base d’indicateurs de performance. « Nous utilisons ces indicateurs pour changer nos méthodes de travail. Les soignants ont désormais accès toutes ces données et accompagnent ces changements », explique le professeur.

Des études montrent qu’il existe un décalage entre l’idée que les cliniciens se font d’une bonne ventilation et la ventilation dans des conditions réelles. « Lorsque les médecins et les soignants ont été interrogés sur leur capacité à proposer une ventilation mécanique sans danger et protectrice, ils ont répondu « oui » à  92 %. Mais en réalité, ce nombre a chuté à 7 % suite à un audit*. Ce qui constitue un sérieux écart ».

C’est pour cette raison qu’il fait partie du 101, une association ayant pour ambition de sauver des vies en soins intensifs en optimisant les méthodes d’assistance respiratoire. L’association regroupe également des données provenant d’unités de soins intensifs du monde entier afin de constituer une base de données commune offrant une vision à l’échelle mondiale.

« Il ne s’agit pas seulement de fournir des données qui aideront les soignants à améliorer les soins prodigués dans leurs propres unités. Nous pensons que les améliorations concerneront toutes les services du monde. Grâce à cette solution, ils pourront non seulement profiter d’une vision d’ensemble de tous les soins effectués, mais aussi évaluer concrètement leurs performances. La mise à disposition de ces données aux soignants dans le monde entier permettra d’améliorer sensiblement la sécurité des soins prodigués. »

 

* Weiss, Curtis & Baker, David & Tulas, Katrina & Weiner, Shayna & Bechel, Meagan & Rademaker, Alfred & Fought, Angela & Wunderink, Richard & Persell, Stephen. (2017). A Critical Care Clinician Survey Comparing Attitudes and Perceived Barriers to Low Tidal Volume Ventilation with Actual Practice. Annals of the American Thoracic Society. 14.