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Une nouvelle étude démontre que donner plus de contrôle aux patientes pendant la mammographie peut changer leur perception de l’examen

D’après une étude publiée dans le European Journal of Cancer, l’auto-compression aide à améliorer l’expérience de la patiente pendant la mammographie et à réduire la dose de rayons X, sans impact négatif sur la qualité d’image

La mammographie est souvent considérée comme la première ligne de défense dans la lutte contre le cancer de sein. En France, les femmes de 50 à 74 ans sont invitées à passer tous les deux ans une mammographie dans le cadre du programme de dépistage organisé.

Bien que les technologies d’imagerie du sein aient fait des avancées considérables, un aspect reste inchangé : la nécessité compresser les tissus mammaires. De nombreuses femmes ne participent pas au dépistage par crainte du résultat et de l’inconfort de l’examen[1]. La décision de ne pas faire une mammographie peut retarder le diagnostic de cancer du sein et avoir un impact sur le pronostic à long terme. Un dépistage précoce du cancer du sein réduit le risque de décès de 25 à 30% ou plus[2].

« La compression du sein entre deux plaques est nécessaire et importante pour obtenir une bonne qualité d’image, » explique Dr. Corinne Balleyguier, radiologue et chef du service d’imagerie à Gustave Roussy. « La perception de la douleur, la crainte d’avoir mal et l’inconfort pendant la mammographie peuvent cependant dissuader les femmes de participer au dépistage. »

C’est pourquoi une équipe des femmes ingénieures et designers à Paris ont conçu une nouvelle technologie de mammographie qui intègre une fonctionnalité d’auto-compression permettant à la patiente, après avoir été correctement positionnée par le manipulateur, d’ajuster le niveau de compression à l’aide d’une télécommande.

Une étude publiée dans le European Journal of Cancer, menée par la Dr. Balleyguier et cinq de ses collègues à Gustave Roussy, a évalué l’impact de l’auto-compression sur la qualité d’image, la dose de rayons X et l’expérience de la patiente pendant la mammographie.

Pour cette étude, après avoir été positionnée par le manipulateur à un niveau de compression minimum de 3 décanewton (daN), chaque participante a été invité à finir la compression pour un de ses seins jusqu’au niveau maximal considéré tolérable, l’autre sein étant compressé par le manipulateur selon la méthode habituelle.

Le placement et la qualité d’image de chaque sein ont été analysés par cinq radiologues différents qui ne savaient pas quel sein avait été compressé par le dispositif d’auto-compression.

« Nous avons remarqué que la compression exercée par une patiente qui a le contrôle durant une mammographie est plus importante que celle exercée par le manipulateur, et ce de manière significative. » » indique le Dr. Balleyguier. « La plupart des femmes ont compressé jusqu’à 13 DaN, d’autres ont même compressé jusqu’à la limite de 17 DaN, sans douleur. »

Avec des niveaux de compression supérieurs, les radiologues ont déterminé que 10% des examens pratiqués avec auto-compression avaient une meilleure qualité d’image que les examens faits par les manipulateurs, 85% avaient des résultats équivalents et 5% avaient une qualité d’image inférieure. Ils ont aussi constaté une réduction de la dose de rayons X nécessaire pour obtenir une image nette en utilisant une compression plus forte.

D’après cette étude, 74% des femmes qui ont utilisé la technique d’auto-compression seraient plus enclines à passer de nouveau une mammographie grâce au sentiment de contrôle pendant l’examen.

« Nous avons remarqué que l’anxiété lié à l’examen diminue quand les femmes y jouent un rôle actif ». indique le Dr. Balleyguier. « Le sentiment d’avoir le contrôle les aide à dépasser la douleur. Le fait de donner le contrôle de l’examen aux patientes peut changer la perception de la mammographie et les encourager à participer aux dépistages régulièrement. »

Cent femmes âgées de 40 à 90 ans s’étant présentées pour une mammographie entre octobre 2016 et mars 2017 ont pris part à cette étude prospective.

[1] Aro, A., de Koning, H., Absetz, P., Schreck, M. (2001). Two distinct groups of non-attendees in an organized screening mammography program. Breast Cancer Research and Treatment. 70(2):145-153.

[2] http://www.breastcancer.org/symptoms/testing/types/mammograms/benefits_risks